Quand je regarde l'Origine du monde, je pense invariablement à la Papouille. Il y a là quelque chose d'immanent à celles que l'on diffame, ces Pas-toutes que l'on confine dans le noir indigent présent en chaque objet de désir. Ce tableau a beaucoup inspiré mes Écrits et je pense qu'il pourrait inspirer la curie qui doit savoir que sa foi est structurée comme un langage, autant que la Papouille en la Topique revisite la Trinité. Au milieu de ces cuisses ouvertes, c'est l'Autre qui apparaît, qui implore et qui explose en provoquant la Toute-puissance au plus essentiel de l'abîme, celle qui invoque l'existence de Dieu.
Et c'est bien cela, la Papouille, un transfert, une passion qui nous dépouille de la mort et nous invite à la jouissance. C'est ce que je veux. Car je le crois aujourd'hui, le Nom du père est trop amer pour être si remarquable. Il nous faut sortir de nos visions primaires, reconnaître la blessure narcissique, ouvrir le champ, que la Papouille jouisse et jouisse en-corps de ce pouvoir de dire que si Dieu n'existe pas, rien ne vous empêche d'y croire, dans l'érection d'un inter-dit qui vient se placer en miroir du sujet.
Sait-on d'ailleurs que la Papouille est la sœur de la Papin ? On l'ignore alors que l'on devrait en tirer argument — je pourrais développer en une autre occasion — comme l'on ignore que tout objet de désir est source de pouvoir divin car de la jouissance à la puissance, il n'y a qu'un pas que seule une Papouille en déni du manque peut franchir sans crainte. Érigeons la Papouille dans l'au-delà de l'imaginaire ! Emparons-nous de sa fonction symbolique ! Et si vous n'avez jamais rien voulu entendre à mon discours, je conclurai en une phrase : la Papouille, c'est donner ce que l'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas (un phallus, par exemple). C'est Ça. Et rien d'autre.
Jacques Lacan (inédit), p.p.c. Cy Jung